Monsieur le député,
Je suis étudiant originaire de Nantes habitant à titre provisoire à Belfort,
cependant mes attaches restant en Loire-Atlantique, c’est à vous que je me
permets d’écrire aujourd’hui pour vous faire part de la profonde frayeur
que m’inspire la loi “Création & Internet” qui doit être débattue ces jours-ci
à l’Assemblée Nationale.
La France a déjà grandement renié sa fameuse fierté de “pays des droits de
l’Homme” et le président Sarkozy nous a par plusieurs fois humilié en
abaissant notre pays à s’agenouiller devant des dictateurs pour le bénéfice de
quelques contrats. Aujourd’hui, nous nous apprêtons à mettre en place une
politique de filtrage d’Internet (qui doit son succès à sa caractéristique
intrinsèque de “neutralité”) qui n’a rien à envier à celui du gouvernement
chinois.
Les implications, si elles ne sautent pas aux yeux de nos chers ministres,
sont vastes et d’une grande gravité : en tout premier lieu cette loi va
faire passer le piratage de l’adolescent moyen (qui est la première cible)
vers celui d’un piratage recourant à des techniques plus élaborées ayant
notamment grandement recours au chiffrage des transmissions, et lorsque
cette petite délinquance juvénile aura atteint ce stade, aucune loi
quelque répressive qu’elle soit ne pourra rien y faire car personne ne
pourra techniquement contrôler les échanges.
Dernièrement la suggestion de forcer les moteurs de recherche à favoriser
les sites commerciaux dans le résultats de leurs recherches est apparue.
Une telle proposition est absolument inadmissible et montre à quel point
les auteurs de cette loi n’ont aucune conscience de ce qu’est Internet,
et plus encore n’ont pas les moindres compétences techniques qui leur
auraient permis de voir l’infaisabilité de la majorité de leurs propositions.
Malheureusement force est de constater que ce gouvernement plus encore
que tout autre nous a appris que l’on plaçait avant tout ses amis aux
responsabilités et non pas les gens qui pourraient avoir les compétences
requises (quant bien même notre président affirme l’inverse).
Le coût financier de cette loi est également conséquent, et de la même
manière que je refuse de payer de ma liberté l’échec de quelques grosses
entreprises ayant préféré mépriser l’évolution de leur marcher plutôt
que l’anticiper et l’accompagner, je refuse que mes impôts servent à financer
des mesures inefficaces et liberticides justifiées par la seule pression
des amis de nos dirigeants.
Les rapports dénonçant les travers inacceptables de cette loi font légion
et je suis sûr que vous en avez déjà en partie pris connaissance, je vous
ferais donc grâce d’une longue justification de chacun des points qui me
paraissent profondément dangereux. Comprenez simplement que la porte
qu’est en train d’ouvrir le gouvernement sous des prétextes certains
louables (lutte contre la pédo-pornographie) d’autres fallacieux mène
à de véritables dangers pour nos libertés, pour le libre choix des
consommateurs, pour la recherche (les logiciels libres qui sont étroitement
liés à la recherche en informatique et qui font “marcher” Internet
- et votre propre site - ne peuvent survivre sans un Internet neutre
et libre), pour la justice (on pourra pour la première fois être condamné
sans être jugé alors que les techniques permettant de dissimuler son
identité pour faire accuser une tierce personne sont déjà nombreuses !)
voire même pour certains pans de l’économie (et ne
nous y trompons pas, les lobbys du cinéma et les “majors” à l’origine de
ce texte ne verront pas leur chiffre d’affaire augmenter réellement pour
autant car leur problème est loin de résider uniquement dans le piratage).
Les organisations nationales comme internationales, privés comme
institutionnelles ou associatives [1] sont déjà nombreuses à s’être élevées
contre ce texte indigne et j’espère sincèrement que vous en serez, et plus
encore que vous saurez étudier suffisamment le dossier pour convaincre
vos homologues de la majorité de sa dangerosité.
Dans l’attente de suivre les débats, je vous prie de croire, Monsieur le
Député, à l’expression de mes sentiments respectueux.
Manuel Vonthron