\footnote{}

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi, mars 8 2010

Amalgames

Internet, logiciels libres, autant de sujets propices à de grandes confusions, plus ou moins mises en scènes par les médias et les hommes politique. Quelques précisions sur des amalgames courants (mon avis n’engageant bien entendu que moi) :

  • Les partisans du logiciel libre ne souhaitent pas (tous) la mort du logiciel propriétaire. La première des raisons est que beaucoup en vivent. Et à l’inverse les grandes entreprises de logiciel propriétaire sont des acteurs majeurs du développement libre, que ce soit en financement (dons, prestation technique gratuite comme l’hébergement) soit en contribuant directement (75% des apports au noyau Linux le sont par des entreprises telles que Red Hat, Intel, IBM…). Les deux mondes sont irrémédiablement amenés à coexister et à s’entraider ;
  • En revanche, les partisans du libre souhaitent la mort des formats de données propriétaires. Et c’est très différent puisqu’il ne s’agit plus de vouloir accéder au code source d’un logiciel réalisé par une entreprise, mais d’avoir le contrôle de nos propres données. Si j’ai fait ma comptabilité avec un outil X et que je me rend compte que l’outil Y me correspondrait mieux, je dois avoir la possibilité de changer : la saine concurrence entre des logiciels doit se faire sur leurs qualités intrinsèques, elle ne doit pas être biaisée par un emprisonnement de l’utilisateur ;
  • Combattre les lois telles qu’Hadopi n’est pas cautionner le téléchargement illégal. Le téléchargement illégal, quelque soit le bien concerné, est un problème, il ne doit cependant pas servir de prétexte idéal à l’instauration de loi conçues sans aucune réflexion et votées avec encore moins. Comme l’explique très bien l‘excellentissime Benjamin Bayard dans son article sur la neutralité d’Internet[1], Internet est une nouvelle place publique, donc un nouveau lieu propice aux dérives, envers laquelle les gouvernements ne savent pas comment réagir, mais « chercher à régler des comportements illégaux par une atteinte à la neutralité du réseau, c’est demander aux sidérurgistes de fabriquer de l’acier qui ne peut pas faire une lame de couteau qui puisse assassiner les gens. Idiot, et irréaliste. » ;

  • Combattre les lois telles que Loppsi n’est pas s’opposer à la fermeture des sites illégaux. Un site peut tout à fait être illégal par les lois actuelles, que ce soient les sites pédopornographiques, révisionnistes, ou bien ceux proposant activement des fichiers manifestement piratés. Ces sites doivent être fermés dès lors qu’ils enfreignent la loi, mais ils doivent l’être sur ordonnance d’un juge, et non sur par le biais d’une moulinette automatique payée par un gouvernement quel qu’il soit[2].
    De même que le point précédent, la méconnaissance des technologies par les politiques (on ne peut pas reprocher à quelqu’un de ne pas être expert en tout… tant qu’il se renseigne auprès de personnes compétentes avant d’aller balancer des âneries en conférence de presse) amène à une automatisation (et une déjudiciarisation) de la justice contre laquelle se battent les associations telles que l’April ou la Quadrature du Net ;
  • L’April, la Quadrature, etc, ne sont pas un autre lobby. (on parlera plutôt d‘advocacy) Un lobby représente les intérêts d’entreprises, et l’intérêt d’une entreprise, c’est de faire de l’argent. Un lobbyiste va donc faire pression sur les instances dirigeantes de manière a obtenir les conditions pour que son entreprise puisse dégager le maximum d’argent. Parmi les lobbyistes connus, citons par exemple Frédéric Lefebvre, dont le parcours politique ne saurait en aucun cas entrer en conflit avec cette activité, bien entendu, puisqu’on vous le dit. À l’inverse ou presque, les groupes tels que l’April n’agissent pas pour leur intérêt propre, et encore moins dans un but commercial. Au même titre que l’UFC-Que Choisir ou Greenpeace, ces associations militent pour la défense de valeurs et de principes au bénéfice de tous ;
  • Les geeks ne souhaitent pas forcément remplacer tout objet par un équivalent high-tech. Ils sont en grande majorité opposés aux machines de vote électronique car ils en connaissent les limites, opposés également aux fameux scanners corporels tant ils sont une atteinte à la vie privée (et il est tout autant scandaleux que les gens trouvent ça normal) et la plupart préfèrent un bon vieux livre papier aux ebooks en mauvais plastique.

Notes

[1] Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vue, sa conférence sur “Qu’est ce qu’Internet” est un incontournable.

[2] Ce principe a fait l’objet d’un amendement de l’excellent Lionel Tardy (contre l’avis du gouvernement bien entendu).

samedi, juin 13 2009

Je m'empresse [d'en] rire de peur d'être obligé d'en pleurer

Alors oui, le Conseil Constitutionnel a torpillé la loi Hadopi, j’en connais un que ça doit bien marrer.

Une précision tout de même, quand bien même elle souligne l’instauration de la présomption de culpabilité, autant elle ne dit rien sur le fait que des sociétés privées soient autorisées à surveiller les communications de la population, c’est un point fondamental et inacceptable que dont je regrette beaucoup qu’il soit passé sous silence. Elle ne relève pas non plus la non-recevabilité de l’adresse IP comme preuve mais je pense que cela ne relève pas de la compétence du Conseil Constitutionnel.

Lire la suite...

lundi, avril 6 2009

Hadopi - Article pour la Bohème

Ce post reproduit l’article paru dans La Bohème (journal des étudiants de l’UTBM) dans sa version longue (la version publiée à été raccourcie de 60% par faute de place). Il a été écrit avant le rejet surprise par l’Assemblée Nationale (par un tour de passe-passe décriée par la droite mais qu’ils utilisent tout autant); cela ne change malheureusement pas grand chose puisqu’on connait la capacité du gouvernement à faire passer par la force un texte quelque soit le nombre de fois qu’il ait été rejeté.

Merci tout d’abord à ceux qui m’ont relu : Alouzi, Illingus, Pedrov et Sam.


02 Avril 2009, 22H45, après plus de 41h de débats, il aura suffit de 17 secondes, conclues par ce terrible “adopté” pour que le projet de loi « Création et Internet » ou « Hadopi » se concrétise. Devant le caractère assez surréaliste des débats et le bourbier qui s’annonce, il me parait important de revenir sur cette affaire.

La loi Création & Internet a pour but affiché de combattre le piratage sur Internet. Pour cela elle compte sur ce qui est appelé la « riposte graduée ». Le mécanisme paraît simple : les ayants droit (pour faire simple les maisons de disque) fournissent une liste d’adresses IP (les « plaques d’immatriculation » des ordinateurs, point sur lequel nous reviendrons) dont ils suspectent une activité de téléchargement illégal. Fort de cette liste, une sous-commission de la Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet (HADOPI) est censée vous envoyer un mail d’avertissement, puis une lettre recommandée si vous persévérez, et enfin appelle Dédé-ca-va-couper pour une suspension de votre abonnement Internet de deux mois à un an (ainsi qu’une inscription sur une liste noire). La gradation se fait donc depuis le premier mail jusqu’à la coupure.

Écartons tout de suite tout malentendu, le téléchargement illégal est un problème et il ne s’agit pas ici de prétendre que l’on doive se satisfaire de la situation actuelle, bien au contraire. Mais la fin ne justifiant pas les moyens, le projet de loi voté la semaine dernière est un tel amoncellement d’aberrations techniques, de mépris des droits les plus élémentaires et de désinformation qu’elle est en quelques semaines devenue un symbole d’autisme législatif. J’ajoute que personnellement, la proposition faite par la gauche d’une « licence globale » ne me paraît non plus une réponse appropriée.

Lire la suite...

vendredi, avril 3 2009

Petit remerciement à 5 gus dans un hémicycle

L’assemblée nous a offert un bien triste spectacle ces derniers temps conclu par le vote avec 97% d’absentéisme d’une des lois les plus époustouflante de nullité jamais vue.

Il faut cependant remercier 5 députés qui ont vaillamment lutté pour démontrer tout à la fois l’impossibilité de mise en pratique de la loi et ses atteintes liberticides proprement scandaleuses. Merci donc à

  • M. Christian Paul (SRC)
  • M. Patrick Boche (SRC)
  • M. Jean-Pierre Brard (GDR)
  • M. Lionel Tardy (UMP)
  • Mme Martine Billard (Verts)

Les élections européennes approchent, ne les oubliez pas, eux n’ont pas piétiné avec joie les décisions du parlement européen.

mercredi, mars 4 2009

Hadopi - Lettre à Monsieur Jean-Marc Ayrault

Monsieur le député,

Je suis étudiant originaire de Nantes habitant à titre provisoire à Belfort, cependant mes attaches restant en Loire-Atlantique, c’est à vous que je me permets d’écrire aujourd’hui pour vous faire part de la profonde frayeur que m’inspire la loi “Création & Internet” qui doit être débattue ces jours-ci à l’Assemblée Nationale.

La France a déjà grandement renié sa fameuse fierté de “pays des droits de l’Homme” et le président Sarkozy nous a par plusieurs fois humilié en abaissant notre pays à s’agenouiller devant des dictateurs pour le bénéfice de quelques contrats. Aujourd’hui, nous nous apprêtons à mettre en place une politique de filtrage d’Internet (qui doit son succès à sa caractéristique intrinsèque de “neutralité”) qui n’a rien à envier à celui du gouvernement chinois.

Les implications, si elles ne sautent pas aux yeux de nos chers ministres, sont vastes et d’une grande gravité : en tout premier lieu cette loi va faire passer le piratage de l’adolescent moyen (qui est la première cible) vers celui d’un piratage recourant à des techniques plus élaborées ayant notamment grandement recours au chiffrage des transmissions, et lorsque cette petite délinquance juvénile aura atteint ce stade, aucune loi quelque répressive qu’elle soit ne pourra rien y faire car personne ne pourra techniquement contrôler les échanges.

Dernièrement la suggestion de forcer les moteurs de recherche à favoriser les sites commerciaux dans le résultats de leurs recherches est apparue. Une telle proposition est absolument inadmissible et montre à quel point les auteurs de cette loi n’ont aucune conscience de ce qu’est Internet, et plus encore n’ont pas les moindres compétences techniques qui leur auraient permis de voir l’infaisabilité de la majorité de leurs propositions. Malheureusement force est de constater que ce gouvernement plus encore que tout autre nous a appris que l’on plaçait avant tout ses amis aux responsabilités et non pas les gens qui pourraient avoir les compétences requises (quant bien même notre président affirme l’inverse).

Le coût financier de cette loi est également conséquent, et de la même manière que je refuse de payer de ma liberté l’échec de quelques grosses entreprises ayant préféré mépriser l’évolution de leur marcher plutôt que l’anticiper et l’accompagner, je refuse que mes impôts servent à financer des mesures inefficaces et liberticides justifiées par la seule pression des amis de nos dirigeants.

Les rapports dénonçant les travers inacceptables de cette loi font légion et je suis sûr que vous en avez déjà en partie pris connaissance, je vous ferais donc grâce d’une longue justification de chacun des points qui me paraissent profondément dangereux. Comprenez simplement que la porte qu’est en train d’ouvrir le gouvernement sous des prétextes certains louables (lutte contre la pédo-pornographie) d’autres fallacieux mène à de véritables dangers pour nos libertés, pour le libre choix des consommateurs, pour la recherche (les logiciels libres qui sont étroitement liés à la recherche en informatique et qui font “marcher” Internet - et votre propre site - ne peuvent survivre sans un Internet neutre et libre), pour la justice (on pourra pour la première fois être condamné sans être jugé alors que les techniques permettant de dissimuler son identité pour faire accuser une tierce personne sont déjà nombreuses !) voire même pour certains pans de l’économie (et ne nous y trompons pas, les lobbys du cinéma et les “majors” à l’origine de ce texte ne verront pas leur chiffre d’affaire augmenter réellement pour autant car leur problème est loin de résider uniquement dans le piratage).

Les organisations nationales comme internationales, privés comme institutionnelles ou associatives [1] sont déjà nombreuses à s’être élevées contre ce texte indigne et j’espère sincèrement que vous en serez, et plus encore que vous saurez étudier suffisamment le dossier pour convaincre vos homologues de la majorité de sa dangerosité.

Dans l’attente de suivre les débats, je vous prie de croire, Monsieur le Député, à l’expression de mes sentiments respectueux.

Manuel Vonthron