Internet, logiciels libres, autant de sujets propices à de grandes confusions, plus ou moins mises en scènes par les médias et les hommes politique. Quelques précisions sur des amalgames courants (mon avis n’engageant bien entendu que moi) :
- Les partisans du logiciel libre ne souhaitent pas (tous) la mort du logiciel propriétaire. La première des raisons est que beaucoup en vivent. Et à l’inverse les grandes entreprises de logiciel propriétaire sont des acteurs majeurs du développement libre, que ce soit en financement (dons, prestation technique gratuite comme l’hébergement) soit en contribuant directement (75% des apports au noyau Linux le sont par des entreprises telles que Red Hat, Intel, IBM…). Les deux mondes sont irrémédiablement amenés à coexister et à s’entraider ;
- En revanche, les partisans du libre souhaitent la mort des formats de données propriétaires. Et c’est très différent puisqu’il ne s’agit plus de vouloir accéder au code source d’un logiciel réalisé par une entreprise, mais d’avoir le contrôle de nos propres données. Si j’ai fait ma comptabilité avec un outil X et que je me rend compte que l’outil Y me correspondrait mieux, je dois avoir la possibilité de changer : la saine concurrence entre des logiciels doit se faire sur leurs qualités intrinsèques, elle ne doit pas être biaisée par un emprisonnement de l’utilisateur ;
- Combattre les lois telles qu’Hadopi n’est pas cautionner le téléchargement illégal. Le téléchargement illégal, quelque soit le bien concerné, est un problème, il ne doit cependant pas servir de prétexte idéal à l’instauration de loi conçues sans aucune réflexion et votées avec encore moins. Comme l’explique très bien l‘excellentissime Benjamin Bayard dans son article sur la neutralité d’Internet[1], Internet est une nouvelle place publique, donc un nouveau lieu propice aux dérives, envers laquelle les gouvernements ne savent pas comment réagir, mais « chercher à régler des comportements illégaux par une atteinte à la neutralité du réseau, c’est demander aux sidérurgistes de fabriquer de l’acier qui ne peut pas faire une lame de couteau qui puisse assassiner les gens. Idiot, et irréaliste. » ;

- Combattre les lois telles que Loppsi n’est pas s’opposer à la fermeture des sites illégaux. Un site peut tout à fait être illégal par les lois actuelles, que ce soient les sites pédopornographiques, révisionnistes, ou bien ceux proposant activement des fichiers manifestement piratés. Ces sites doivent être fermés dès lors qu’ils enfreignent la loi, mais ils doivent l’être sur ordonnance d’un juge, et non sur par le biais d’une moulinette automatique payée par un gouvernement quel qu’il soit[2].
De même que le point précédent, la méconnaissance des technologies par les politiques (on ne peut pas reprocher à quelqu’un de ne pas être expert en tout… tant qu’il se renseigne auprès de personnes compétentes avant d’aller balancer des âneries en conférence de presse) amène à une automatisation (et une déjudiciarisation) de la justice contre laquelle se battent les associations telles que l’April ou la Quadrature du Net ;
- L’April, la Quadrature, etc, ne sont pas un autre lobby. (on parlera plutôt d‘advocacy) Un lobby représente les intérêts d’entreprises, et l’intérêt d’une entreprise, c’est de faire de l’argent. Un lobbyiste va donc faire pression sur les instances dirigeantes de manière a obtenir les conditions pour que son entreprise puisse dégager le maximum d’argent. Parmi les lobbyistes connus, citons par exemple Frédéric Lefebvre, dont le parcours politique ne saurait en aucun cas entrer en conflit avec cette activité, bien entendu, puisqu’on vous le dit. À l’inverse ou presque, les groupes tels que l’April n’agissent pas pour leur intérêt propre, et encore moins dans un but commercial. Au même titre que l’UFC-Que Choisir ou Greenpeace, ces associations militent pour la défense de valeurs et de principes au bénéfice de tous ;
- Les geeks ne souhaitent pas forcément remplacer tout objet par un équivalent high-tech. Ils sont en grande majorité opposés aux machines de vote électronique car ils en connaissent les limites, opposés également aux fameux scanners corporels tant ils sont une atteinte à la vie privée (et il est tout autant scandaleux que les gens trouvent ça normal) et la plupart préfèrent un bon vieux livre papier aux ebooks en mauvais plastique.
Notes
[1] Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vue, sa conférence sur “Qu’est ce qu’Internet” est un incontournable.
[2] Ce principe a fait l’objet d’un amendement de l’excellent Lionel Tardy (contre l’avis du gouvernement bien entendu).